Fédérations des Chasseurs de Midi-Pyrénées
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Ces chasses méconnues
mardi, 17 janvier 2012
/ Admin Ariege

Le grand public voire les chasseurs eux-mêmes ont souvent une vision stéréotypée de la chasse, celle qu’ils côtoient et observent au quotidien ou qu’ils pratiquent ; chasse du petit gibier au chien d’arrêt, grand gibier ou lièvre au chien courant, en petits groupes ou en battue.
Pourtant la chasse est en Ariège, comme ailleurs en France, riche de ses particularités et de sa diversité. Ainsi nombre de pratiques plus confidentielles n’en sont pas moins agréables à pratiquer et requièrent passion et le plus souvent un savoir faire insoupçonnés.
En Ariège, chasse au vol, à l’arc, à courre, chasse du gibier d’eau, ailleurs en France, tendelles, pantière, huttes et autres gluants. Toutes ces chasses méconnues méritent d’être connues et défendues tant leur pratique traditionnelle est issue de la transmission entre générations de connaissances séculaires.
L’observation minutieuse des mœurs des gibiers recherchés ont ainsi permis la mise au point de ces pratiques particulières. Le matériel utilisé ou le dressage des auxiliaires permettent au chasseur d’arriver à ses fins.
Quelques chasseurs ariégeois s’y adonnent avec bonheur et il nous a semblé intéressant au travers de quelques témoignages de mettre en lumière et à l’honneur.

Un cynophile
Le courre du lièvre sans fusil.

Roland Gaychet et ses chiens

FDC 09 : comment avez-vous découvert cette passion ?
Roland GAYCHET : cette passion m’est venue il y a 20 ans, en allant voir les premiers concours de meutes de chiens courants sur lièvre en Haute-Garonne à Aulon. Nous avons vu les gars chasser sans fusil avec des chiens qui ne prenaient (chassaient) que le lièvre.
A partir de là, nous avons mis en place une gestion sur le lièvre en créant le Groupement d’Intérêt Cynégétique de l’Arize où nous avons interdit le tir du lièvre sur six communes pendant 3 ans pour remonter les effectifs. Dès lors nous avons commencé à chasser le lièvre sans fusil, uniquement avec les chiens. Je me suis pris de passion pour cette chasse, pour le travail des chiens. Je me suis pris au jeu d’essayer d’avoir des chiens de plus en plus performants. Grâce à la sélection, j’ai créé une lignée. Depuis, tous les jours, j’essaie d’améliorer ma meute et c’est passionnant.
Petit à petit, nous avons appris le travail du chien, voir qu’un chien rapproche mieux que les autres, qu’il est « plus chaud », avoir un lanceur, un chien de chemin. Et c’est comme ça que j’ai embrassé la passion du chien.
Le chien m’a fait découvrir toutes les ruses du lièvre, alors que s’il est tiré au départ tout cet aspect est occulté.

FDC 09 : Qu’est ce qui vous plait autant dans cette pratique ?
Roland GAYCHET  : aujourd’hui, je ne pourrais plus chasser comme avant. Quand le lièvre est tué, c’est fini, le chien ne travaille plus, il n’y a plus qu’à rentrer à la maison. Alors que là, si par une bonne matinée, un lièvre est levé, cela peut durer trois heures, avec toutes les difficultés que comporte cette chasse. Avant, quand je chassais à tir le lièvre, souvent fin septembre j’avais fini et j’enchaînais ensuite au sanglier. Alors que maintenant jusqu’à fin février, je peux faire courir les lièvres et il y en a toujours. Chaque jour de chasse est différent, je ne chasse jamais le même lièvre, je découvre tout le temps. Chaque fois je vois des choses qui me donnent envie d’y retourner.



Un archer
Une histoire jouée en silence

chasse à l'arc Olivier Hilaire

FDC 09 : comment avez- vous découvert la chasse à l’arc ?
Olivier HILAIRE : Je suis issu d’une famille de chasseurs. J’habitais une ferme avec beaucoup d’espace autour et je « baignais » dans cette ambiance. A seize ans, j’ai commencé à faire du tir à l’arc. Il y a une dizaine d’années, après m’être installé en Ariège, j’ai passé le permis et suivi la formation de chasse à l’arc, dans la foulée. J’ai tout de suite chassé à l’arc, avec comme objectif principal d’approcher au maximum les animaux. Le tir n’est pas une finalité. J’ai mis deux ans avant de prélever mon premier animal. J’aurais pu me décourager, le découragement est parfois un frein pour certains qui finissent par se lasser et abandonner cette chasse.

FDC 09 : comment pratiquez-vous ?
Olivier HILAIRE : je passe de longs moments à repérer les lieux, les animaux présents et leurs habitudes…C’est la clef du succès ! Cette saison, deux mois de repérage m’ont permis de prélever un brocard le jour de l’ouverture anticipée. Je pars à l’aube ou au crépuscule, camouflé de la tête aux pieds, muni de mon arc à poulie, parfois d’un appeau. Je choisis l’emplacement de l’affût à au moins 3 mètres du sol pour éviter d’être vu et senti.
Je chasse parfois à l’approche, mais sur ma zone de chasse c’est plus délicat à cause des vents changeants.
Je m’intéresse autant au grand gibier qu’au petit : chevreuil, palombe, lapin, faisan, renard, martre…J’utilise un épagneul pour le petit gibier et j’ai un chien de sang pour le grand gibier, il m’aide parfois à rechercher les animaux blessés.

FDC 09 : Comment votre spécificité est-elle perçue par les autres chasseurs ?
Olivier HILAIRE : je suis bien accepté partout où je vais, certainement parce que je n’ai jamais cherché à imposer ma vision de la chasse. Aucun problème.

FDC 09 : Qu’est ce qui vous séduit autant dans la chasse à l’arc ?
Olivier HILAIRE : la proximité avec les animaux me procure des sensations extraordinaires. Le tir ne se fait qu’à des distances inférieures à 20 mètres mais on se trouve fréquemment à moins de 10 mètres des animaux !
Je passe des moments forts avec les deux amis avec qui je partage cette passion.
C’est enfin une histoire de famille : ma fille m’accompagne au chevreuil et mon fils, tous les mercredis, au lapin.



Un bécassier
La quête dans les bois

chasseur de bécasse


FDC 09 : comment avez-vous découvert la chasse de la bécasse ?
Laurent DUQUESNOY  : Quand j’avais une dizaine d’années, je suivais mon grand-père à la chasse au lièvre. Par la suite, je me suis passionné pour les chiens d’arrêt et plus particulièrement les setters. Je chassais alors le gibier à plume. J’observais de temps en temps des bécasses et je me suis documenté sur l’oiseau. J’ai ainsi commencé à la chasser et j’ai adhéré au Club National des Bécassiers.

FDC 09 : comment pratiquez-vous ?
Laurent DUQUESNOY : Je chasse sur deux ou trois communes situées dans les coteaux, notamment à Madière et à Calzan. Je suis bien accompagné, en la personne de ma chienne Samba, un setter anglais. Je forme des setters gordon pour assurer sa relève.
Dès que je le peux, je vais également chasser la bécasse en Bretagne, où les densités d’oiseaux sont vraiment exceptionnelles.

FDC 09 : pourquoi cette chasse vous tient-elle tant à cœur ?
Laurent DUQUESNOY : J’affectionne tout particulièrement la quête dans les bois à l’automne, dans une nature magnifique. J’aime voir « travailler » les chiens à l’arrêt devant une bécasse. Il m’arrive même de ne pas tirer, tant le spectacle est beau ! Chaque sortie est imprévisible, tout dépend de la migration, des conditions météorologiques…Rien n’est jamais acquis ! Manon, ma fille de quatorze ans, m’accompagne. Elle participe aussi aux opérations de baguage qui sont menées par Pascal Fosty, technicien de la Fédération des Chasseurs de l’Ariège. Elle est très motivée !



Un fauconnier
Il ne vit que pour ses oiseaux

fauconnier Michel Caubère

FDC 09 : comment vient t’on à la fauconnerie ?
Michel CAUBERE : mon grand père était un chasseur au fusil. Enfant, je voyais tous ces rapaces qui chassaient pour se nourrir et je me disais, ça c’est une chasse vraie. Et puis un jour j’ai rencontré un vétérinaire à Salies du Salat qui avait des faucons chez lui. J’ai sympathisé avec lui et je me suis dis c’est ça que je veux faire. Cela fait maintenant une quarantaine d’années que je pratique cette chasse. Mais il ne faut pas oublier que c’est une des premières techniques de chasse qui a existé. Elle est tombée ensuite en désuétude avec l’apparition du fusil. En 1954, elle réapparaît et est légalisée.

FDC 09 : Qu’est ce qui vous plait dans la fauconnerie ?
Michel CAUBERE : En fauconnerie, hormis la période de mue d’avril à juillet où l’oiseau change son plumage, tous les jours il faut faire voler pour entraîner son oiseau. Ce n’est jamais le même vol. Aujourd’hui il va partir par là, demain à l’opposé, et puis peut être qu’il va mettre un temps fou avant de revenir. Car une fois qu’il a quitté le poing, c’est lui qui commande. C’est lui qui voyage, moi je ne bouge pas, j’attends qu’il revienne.
En fauconnerie, je vois des choses que je n’observerais nulle part ailleurs. Par exemple, quand un autour (c’est un rapace) se lance pour capturer un lièvre, il ne gagne pas à tous les coups. J’ai déjà vu le lièvre donner des coups de pattes à l’autour et celui-ci manquer sa prise.
C’est une chasse où je passe plus de temps à entraîner mon oiseau qu’à chasser pour prélever du gibier.
Le faucon pèlerin est un auxiliaire vivant. Quand la chasse est finie, le fusil est posé au râtelier, il peut attendre l’ouverture prochaine. Avec le faucon ce n’est pas possible. Si l’oiseau est mis en volière, il faut le surveiller trois fois plus. Il peut attraper des maladies, il faut surveiller son poids, c’est beaucoup de travail.
La chasse au vol c’est la passion qui frôle la maladie. Je ne vis que pour ces oiseaux. Si je m’absente de chez moi, c’est maximum trois jours, après il faut que je sois avec mes oiseaux. En fait, quand je pars en vacances c’est avec mes oiseaux. Ainsi, je vais partir 15 jours en Andalousie, en Espagne, mais avec eux pour les faire chasser.
La fauconnerie régit ma vie. Quand je prends un oiseau, que ce soit un pèlerin, un autour ou une buse de harris, son espérance de vie se situe entre 15 et 20 ans, c’est donc un engagement dans le temps. De plus avoir un oiseau c’est pour le faire voler, pas pour le laisser en volière. Tout cela fait que nous sommes peu de fauconniers. C’est une passion exclusive, mais il y a tellement de plaisir à faire voler et rentrer le soir avec le faucon sur le poing.

Un huttier
Même pas peur du froid

canards souchet en vol

FDC 09 : comment avez-vous découvert la chasse au canard ?
Robert RUMEAU : j’ai longtemps chassé au chien courant. En me promenant autour des étangs, j’observais les canards colverts en nombre assez conséquent. Puis j’ai commencé à les approcher en me dissimulant dans la végétation. Quand j’ai débuté dans cette chasse, je n’avais pas d’abri ni de chien formé au rapport à l’eau, alors j’attendais patiemment que le vent me rapproche le canard. J’ai formé mon épagneul breton, à cette technique.

FDC 09 : comment pratiquez-vous ?
Robert RUMEAU : j’ai installé une hutte au bord d’un étang, là où les oiseaux ont l’habitude de se poser. Je n’utilise pas d’appelant, contrairement à ce que j’ai pu voir dans d’autres départements. Je chasse le canard colvert et la sarcelle d’hiver, durant la saison froide. Je me poste à l’aube et au crépuscule, c’est la chasse à la passée. Cette pratique réglementée par arrêté ministériel pouvant être autorisée tous les jours, se résume pour moi à quelques Mercredis, Samedis, Dimanches. Depuis 2005, cette chasse a été profondément modifiée par l’interdiction du plomb. Il est vrai que l’utilisation des billes d’acier nettement moins efficaces la rend plus difficile, les autres types de munitions de substitution légèrement supérieures à l’acier étant hors de prix. Il y a deux ans, j’ai perdu mon chien et j’ai dû arrêter pour me consacrer un peu plus à la chasse du sanglier. Je suis en train de former au rapport à l’eau ma nouvelle chienne de 17 mois. Ce n’est qu’en sortant régulièrement que la progression se fera. Je serai bientôt prêt à reprendre ma passion.

FDC 09 : pourquoi cette chasse vous tient-elle tant à cœur ?
Robert RUMEAU : Elle me plait beaucoup parce qu’elle requiert une forte motivation (il faut se lever tôt ! Les conditions atmosphériques sont quelques fois assez dures) et une très grande patience, car Je vois passer beaucoup d’oiseaux mais n’en prélève que très peu au regard du nombre de sorties. C’est pour moi une passion qui me permet des moments uniques en communion avec la nature. A titre d’exemple, au travers de ma hutte, j’ai pu observer un martin pêcheur perché sur les rebords de mon abri à 30 centimètres de moi ! Une véritable merveille.

Un paloumayre
Vivre la migration

paloumayre

FDC 09 : à quand remonte votre premier permis ?
René BOUSSIOUX : j’ai commencé avec mon père, en 1977, nous chassions alors le lapin de garenne avec une petite meute de bassets artésiens.

FDC 09 : comment êtes vous venu à chasser la palombe ?
René BOUSSIOUX : très tôt, j’ai été attiré par le spectacle de la migration des oiseaux dans notre région. J’ai eu ensuite l’occasion de passer une matinée dans la palombière d’un ami, ce fut une révélation…

FDC09 : qu’est ce qui vous a plu dans cette technique de chasse ?
René BOUSSIOUX : J’ai tout de suite été fasciné par l’ingéniosité dont il fallait faire preuve, pour déjouer la méfiance de l’oiseau. Imaginez un vol de 80 palombes que vous détectez aux jumelles, à 1 kilomètre de votre installation et que vous réussissez à détourner jusqu’à le poser à portée de votre fusil, soit 25 mètres ! Certes, nombreux sont les vols qui restent insensibles à nos ruses mais ils nous poussent toujours à être encore meilleurs. J’apprécie aussi les moments vrais, partagés entre quelques compagnons de chasse en des lieux si sauvages et si éloignés de notre civilisation.

FDC 09 : un grand souvenir dans votre carrière de chasseur de palombes ?
René BOUSSIOUX : oui c’était le 1er novembre 2007. Ce jour là nous avons vu passer des palombes du lever au coucher du soleil, le ciel était bleu, ce fut un grand moment de ma vie…